Si tu te demandes si tu exagères, c’est peut-être un trauma

Publié le 7 février 2026 à 08:31

🌿 “Je n’ai pas le droit d’appeler ça un trauma…”

Quand la souffrance est réelle même si elle n’a pas “l’air assez grave” (et pourquoi c’est encore plus fréquent chez les personnes neurodivergentes)

 

Je vais commencer par une phrase très simple :

 

👉 Si tu lis cet article en te disant “oui mais quand même…”, il y a de grandes chances que tu sois exactement la personne à qui il s’adresse.

 

Parce que les personnes traumatisées ne disent pas toujours “j’ai été traumatisé.e”.


Elles disent plutôt :

“J’exagère.”
“Je dramatise.”
“Je me plains.”
“Je ne devrais pas être aussi impacté.e.”
“D’autres ont vécu pire.”
“Je n’ai pas le droit d’appeler ça un trauma.”

 

Et je vais te dire un truc : ce discours-là, c’est déjà un symptôme.

🧠 Trauma : ce n’est pas un concours de drames

 

On a appris à associer le mot “trauma” à des événements extrêmes : guerre, viol, attentat, accident grave.

Des choses qui laissent des preuves, des cicatrices visibles, un récit clair.

 

Mais la réalité clinique est plus large, plus subtile… et parfois beaucoup plus insidieuse.

 

Le trauma, ce n’est pas seulement ce qui arrive.

Le trauma, c’est ce que ton système nerveux enregistre comme danger durable.
C’est ce qui dépasse ta capacité d’adaptation.
C’est ce qui t’oblige à survivre en modifiant profondément ton fonctionnement intérieur.

 

Et surtout : ce n’est pas toujours un événement.

Parfois, c’est un climat, qu'il soit familial, sentimental, amical, professionnel, etc.

🌫️ Le trauma insidieux : quand l’ambiance devient une menace

 

Certaines personnes ont grandi dans un foyer où il y avait un toit, de la nourriture, des vacances, des soins médicaux, etc.

Bref : sur le papier, “tout allait bien”.

 

Et pourtant, ces personnes décrivent leur enfance avec des mots très particuliers :

“C’était instable.
“C’était tendu.
“C’était insidieux.
Je ne savais jamais comment ça allait tourner.”
Je devais faire attention.”

 

Et c’est exactement là qu’il faut arrêter de se mentir.

 

Parce que ce n’est pas parce que tes parents ne t’ont pas affamé.e que ton enfance était sécurisante.

La sécurité, ce n’est pas uniquement matériel.

La sécurité, c’est aussi — ET SURTOUT — émotionnelle.

 

Un enfant n’a pas seulement besoin d’être nourri.
Il a besoin de sentir qu’il peut exister sans danger relationnel.

 

Et si ce n’est pas le cas, il apprend une règle simple :

“Je dois m’adapter en permanence.”

Ce n’est pas de la maturité.
Ce n’est pas “être sage”.

C’est une stratégie de survie.

🏠 Un foyer émotionnellement insécure peut être, et est souvent, traumatique. Point.

 

Je vais être très claire :
un foyer émotionnellement insécure, imprévisible, humiliant ou invalidant peut être et est souvent traumatique.

 

Même si les besoins matériels étaient couverts.
Même s’il y avait des cadeaux.
Même si on t’a dit “on t’aime”.
Même si, extérieurement, ça avait l’air normal.

 

Parce que ce qui marque le système nerveux, ce n’est pas la façade.
C’est l’expérience vécue.

 

Et une expérience vécue dans la tension chronique laisse une empreinte durable.

 

Un enfant qui doit marcher sur des œufs n’est pas un enfant “sensible”.
C’est un enfant en alerte.

 

Et un enfant en alerte devient un adulte en alerte.

🧷 “D’autres ont vécu pire” : non. Stop. Ça ne marche pas comme ça.

 

Ce que tu ressens n’a pas besoin d’être validé par un jury international du trauma.

 

Il n’y a pas de médaille du “pire”.
Il n’y a pas de seuil officiel à partir duquel tu as enfin le droit d’aller mal.

 

Le trauma n’est pas une compétition.

Le trauma est une empreinte.

 

Et cette empreinte ne disparaît pas parce que quelqu’un, quelque part, a vécu une horreur plus spectaculaire.

 

Tu peux reconnaître ton trauma sans nier celui des autres.
Tu peux souffrir sans être “la personne la plus malheureuse du monde”.

 

Tu n’as pas besoin de “mériter” le mot trauma.

🧊 Minimiser est souvent un signe que c’était grave

 

Il y a des gens qui racontent des événements objectivement terribles en disant :

“Ça n’est arrivé qu’une fois.”
“Je suis passée à autre chose.”
“Je lui ai pardonné.”
“Je ne veux pas dramatiser.”

 

Et parfois, on parle de coercition.
Parfois, on parle de violence psychologique.
Parfois, on parle même de violence sexuelle.

 

Et je vais être brutale, mais nécessaire :

👉 Minimiser ne prouve pas que ce n’était pas grave.
Minimiser prouve souvent que ton cerveau a dû réduire l’événement pour survivre.

 

Parce que reconnaître la réalité complète, émotionnellement, ça peut être trop violent sur le moment.

Alors le psychisme fait ce qu’il peut : il anesthésie, il relativise, il “rationalise”.

 

Et ça, ce n’est pas de la faiblesse.
C’est un mécanisme de protection.

 

Mais c’est aussi un marqueur traumatique.

💔 Le TSPT complexe : quand la blessure devient une structure intérieure

 

Le Trouble de Stress Post-Traumatique Complexe (TSPT-C) ne ressemble pas toujours à des flashbacks hollywoodiens.

 

Il ressemble souvent à une vie entière passée à :

  • se suradapter

  • se méfier

  • anticiper

  • s’écraser

  • se sentir coupable

  • se sentir illégitime

  • se sentir “trop”

  • se sentir “pas assez”

  • ne jamais réussir à se détendre complètement

 

Le trauma complexe ne détruit pas seulement la mémoire.
Il modifie la façon dont tu te vois.

 

Il peut installer un message intérieur durable :

“Je suis le problème.”

Et ce message peut rester là, même quand ta vie est stable.

 

Parce que ton corps, lui, continue à fonctionner comme si le danger était toujours présent.

🕯️ Le symptôme numéro 1 : ne pas se sentir légitime d’aller mal

 

Je vais te dire quelque chose d’important :

👉 Beaucoup de personnes traumatisées ne souffrent pas seulement de ce qu’elles ont vécu.
Elles souffrent aussi de ne pas se sentir autorisées à dire qu’elles ont souffert.

 

Elles ont appris à se taire.

Elles ont appris que parler était dangereux.
Ou inutile.
Ou honteux.
Ou “dramatique”.

 

Alors elles deviennent excellentes dans l’art de survivre en silence.

Mais survivre n’est pas guérir.

🌱 Et la neurodivergence dans tout ça ?

 

On observe une co-occurrence importante entre neurodivergence (autisme, TDAH, troubles dys, profils mixtes) et troubles traumatiques.

 

Et non, ce n’est pas parce que les personnes neurodivergentes sont “fragiles”.

 

C’est parce qu’elles sont souvent exposées plus tôt, plus longtemps, et plus fréquemment à des expériences traumatisantes : harcèlement, incompréhension, invalidation, micro-agressions, rejet social, violences institutionnelles, surcharge sensorielle.

 

Et parfois, elles doivent camoufler leur fonctionnement pour survivre.

 

Le camouflage (masking) est souvent présenté comme une compétence.
En réalité, c’est parfois une dissociation quotidienne.

 

Parce que le message implicite est celui-ci :

“Si je suis moi-même, je serai rejeté.e.”

 

Et quand tu passes ta vie à masquer ton fonctionnement, tu ne vis pas. Tu performes.

Et performer en permanence, ça fatigue. Ça fracture. Ça abîme.
Et ça rend le trauma encore plus probable.

🔥 ND ou pas ND : le trauma reste le trauma

 

Mais attention : ce n’est pas parce que tu n’es pas neurodivergent.e que ton trauma est moins légitime.

 

Le trauma existe dans tous les profils.

Le point commun, c’est l’insécurité.

 

L’insécurité répétée.
L’insécurité relationnelle.
L’impuissance.
Le manque de protection.
Le manque de réparation.

 

Et ça, ça suffit largement à créer du trauma complexe.

💥 Et maintenant, je vais être très claire.

 

Si tu te reconnais partiellement ou complètement dans cet article, je vais te dire un truc :

👉 tu as le droit d’appeler ça un trauma.

 

Même si tu n’as pas été frappé.e.
Même si tu as “manqué de rien”.
Même si ça ne s’est produit “qu’une fois”.
Même si tu as minimisé pendant des années.
Même si tu continues à te dire “c’est pas si grave”.

 

Parce que le trauma ne se mesure pas à la taille du drame.
Il se mesure à la trace laissée dans ton corps, ton cerveau, ton rapport aux autres et à toi-même.

 

Et si tu ressens encore aujourd’hui une hypervigilance, une honte, un sentiment d’illégitimité, une difficulté à faire confiance, un besoin constant de contrôle ou une incapacité à te sentir en sécurité… alors il y a peu de place au doute :

🌿 quelque chose t’a abîmé.
🌿 et ce quelque chose mérite d’être reconnu.

 

Ce n’est pas “se plaindre”.
C’est arrêter de se trahir.

🌼 Conclusion : mettre un mot juste, ce n’est pas s’effondrer.

C’est commencer à guérir.

 

Nommer un trauma ne te rend pas faible.

Nommer un trauma ne fait pas de toi une victime.

Nommer un trauma, c’est faire un acte de lucidité.

 

C’est refuser de continuer à vivre en mode survie, en minimisant ce que ton système nerveux a enduré.

Et c’est souvent la première étape de la réparation.

Si tu veux aller plus loin sur le sujet :

📚 Bibliographie indicative (2016–2026 + standards officiels)

Classifications officielles

  • World Health Organization. (2019). International Classification of Diseases 11th Revision (ICD-11): PTSD and Complex PTSD.

  • American Psychiatric Association. (2022). Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM-5-TR).

Trauma complexe et cadre clinique moderne

  • Karatzias, T., Shevlin, M., Fyvie, C., et al. (2017–2020). Research on Complex PTSD in ICD-11: prevalence and symptom structure.

  • Cloitre, M., Garvert, D. W., Brewin, C. R., Bryant, R. A., & Maercker, A. (2013–2019; updates in 2018–2020). Research on Complex PTSD conceptualization and treatment.

  • Brewin, C. R., Cloitre, M., Hyland, P., et al. (2017–2019). Research on ICD-11 PTSD and Complex PTSD diagnostic distinctions.

Neurodivergence et trauma

  • Haruvi-Lamdan, N., Horesh, D., & Golan, O. (2018). PTSD and Autism Spectrum Disorder: Co-occurrence and mechanisms.

  • Rumball, F. (2019). Autism and trauma: a critical review of existing research and clinical implications.

  • Kerns, C. M., Newschaffer, C. J., & Berkowitz, S. J. (2017–2021). Studies on trauma exposure and PTSD symptoms in autistic youth and adults.

  • Lai, M.-C., Lombardo, M. V., Ruigrok, A. N. V., et al. (2017). Research on camouflaging in autism and mental health consequences.

  • Hull, L., Petrides, K. V., Allison, C., et al. (2017–2020). Research on masking/camouflaging and psychological distress.

Stress minoritaire, discrimination et santé mentale

  • Hatzenbuehler, M. L. (2016–2021). Research on stigma, minority stress and mental health outcomes.

  • Meyer, I. H. (model foundational; updated and revalidated through contemporary research).

Trauma-informed care (cadres de référence)

  • NICE Guidelines (2018–2022 updates). Post-traumatic stress disorder: management and treatment recommendations.

  • SAMHSA (framework used and updated through modern practice). Concept of Trauma and Guidance for a Trauma-Informed Approach.

 

 

Et si tu souhaite prendre rdv, alors n'hésite plus une seconde

Ajouter un commentaire

Commentaires

Il n'y a pas encore de commentaire.