Diplôme, corporatisme, et santé mentale : pourquoi “l’argument d’autorité” ne soigne personne

Publié le 22 janvier 2026 à 13:26

Il y a une scène qui se répète souvent, et qui en dit long sur l’état du champ psy en France.

 

Une personne consulte. Elle avance. Elle comprend mieux son fonctionnement. Elle respire enfin. Elle met des mots sur ce qui était confus depuis des années. Elle retrouve un peu de pouvoir d’agir.

 

Puis elle croise un.e autre professionnel.le.

 

Et là, le progrès clinique passe au second plan.
Ce qui devient central, ce n’est plus : “Est-ce que ça aide ?”
C’est : “Qui a le bon diplôme ?”

🎭 “Ce n’est pas de l’égo, c’est de l’éthique” : la phrase magique

 

Quand le corporatisme est mis en évidence, il est rarement assumé.

 

Il se déguise.
Il se maquille en prudence.
Il se déclare “responsable”.

 

On entend alors les mêmes phrases, en boucle :

 

“La santé mentale, ce n’est pas un jeu.”
“Les études de psycho sont exigeantes.”
“Il faut de l’éthique et de la déontologie.”
“Seul un vrai cursus garantit la compétence.”
“Les bilans faits par les vrais pros sont fiables.”

 

Sur le papier, tout cela paraît raisonnable.

 

Sauf que dans la réalité, cette rhétorique sert souvent à une autre fonction :
➡️ réinstaurer une hiérarchie, et disqualifier ce qui n’entre pas dans le cadre dominant.

 

Ce n’est pas une discussion scientifique.
C’est un mécanisme de pouvoir.

📄≠🧠 La vérité dérangeante : un diplôme ne garantit pas un bon bilan

 

Oui, la formation compte.
Oui, l’éthique compte.
Oui, le cadre protège.

 

Mais la phrase “diplôme = qualité” est une croyance, pas une preuve.

 

Dans la vraie vie, il existe :

  • des bilans faits par des personnes diplômées mal intégrés, mal actualisés, hors-sol, ou trop rigides

  • des suivis “conformes” mais non aidants.

  • des lectures cliniques qui ratent des profils entiers (notamment les profils internalisés, féminins, camouflés)

  • des diagnostics écartés parce que “les tests ne l’ont pas montré”, alors que le retentissement fonctionnel crie l’inverse

 

Un diplôme est un pré-requis administratif dans certains cadres.
Ce n’est pas un talisman.

 

Ce qui fait la qualité d’un travail clinique, ce n’est pas le prestige du tampon.
C’est la rigueur.

🎯 Le vrai critère : rigueur, actualisation, cohérence clinique, retentissement

 

Un bilan utile n’est pas un texte qui impressionne.

 

C’est un document qui :

  • décrit un fonctionnement réel, dans la vraie vie

  • relie les signes entre eux avec cohérence

  • tient compte du contexte écologique (famille, école, surcharge, sécurité)

  • ne confond pas adaptation et absence de difficulté

  • identifie le retentissement fonctionnel (ce que ça coûte, ce que ça empêche)

  • propose des recommandations concrètes et protectrices

  • et surtout : ne réduit pas la personne à une passation de test

 

La santé mentale n’est pas une compétition de statuts.
C’est une affaire de précision, de nuance, et de responsabilité.

🚨 “Attention, charlatan !” : la police du soin

 

Il y a aussi une escalade classique :
quand la disqualification ne suffit pas, on bascule dans l’accusation.

 

📛 “Dérive.”
📛 “Emprise.”
📛 “MIVILUDES.”
📛 “Danger.”

 

Ce n’est pas juste une métaphore. Le rapport d’activité 2022-2024 de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) constate qu’aujourd’hui le domaine de la santé et du bien-être arrive en tête des signalements (≈ 37 % de l’ensemble), ce qui illustre que c’est précisément le champ du soin et de l’accompagnement qui est massivement concerné par des signalements pour pratiques jugées problématiques ou risquées, qu’elles impliquent des praticiens réglementés (médecins, psychologues, autres professionnels de santé) ou des agents non réglementés (coachs, thérapeutes non conventionnels, approches alternatives).

 

Les signalements ne désignent pas simplement des “pseudo-guérisseurs” à l’extérieur du système : ils montrent que des espaces de soin et d’accompagnement, y compris au sein de structures de santé ou par des personnes présentant des titres professionnels, sont aussi inclus dans ces signalements quand la pratique est perçue comme problématique ou déséquilibrée pour les usagers — notamment des personnes vulnérables.

 

Ce phénomène n’est pas limité aux figures traditionnelles de dérives sectaires : il touche aujourd’hui des pratiques se présentant comme “thérapeutiques” ou “accompagnement bien-être” qui peuvent engager des interactions de dépendance, des promesses non scientifiquement fondées, ou un encadrement insuffisant.

 

➡️ Quand on ne peut pas attaquer le contenu clinique ou scientifique d’un travail, on attaque la légitimité de celui qui le produit.

 

Ce climat est toxique parce qu’il empêche les échanges professionnels sincères, encourage la peur, la caricature et la surveillance, au lieu de favoriser la collaboration interdisciplinaire basée sur des preuves réelles.

🧩 Et si je n’ai pas “le bon diplôme”, ce n’est pas parce que je ne sais pas faire

 

Il y a une question que certaines personnes posent à demi-mot, avec ce sous-entendu toxique :

 

“Si vous êtes si compétente, pourquoi vous n’avez pas fait le cursus classique ?”

 

Je vais répondre clairement, parce que c’est aussi ça le politique.

 

Je n’ai pas “le bon diplôme” non pas par manque de capacité, mais parce que mon parcours a été construit sur une réalité que l’institution préfère ignorer :

l’errance neurodéveloppementale.

 

J’ai été identifiée HPI dans la trentaine, après des années où mon fonctionnement n’a pas été compris.

 

Avant ça, ma scolarité a été remplie de phrases absurdes et violentes, typiques pour des profils neuroatypiques non repérés :

 

“Élève très intelligente mais manque de sérieux.”
“Doit faire des efforts.”
“Insolente.”
“Rate tout à l’écrit mais répond juste à l’oral, d’une façon insolente.”

 

Ce qu’on appelait “insolence”, c’était souvent de la lucidité, une pensée rapide, un décalage, ou une réponse directe dans un système qui valorise la conformité plus que l’intelligence réelle.

 

Puis il a fallu attendre un pré-bilan de suspicion de TSA en novembre 2021, et un diagnostic d’autisme validé en avril 2022, pour que l’histoire commence enfin à avoir du sens.

 

Et à la suite de ça, d’autres éléments se sont éclairés : multi-dys, longtemps masqués par la surcompensation, la suradaptation, le camouflage.

 

Et fin 2025 / début 2026, le TDAH est enfin diagnostiqué.

 

Alors oui : quand on traverse plus de 40 ans d’errance, avec des particularités non identifiées, sans aménagements adaptés, dans un système scolaire qui confond handicap invisible et “mauvaise volonté”, il est parfaitement logique que le parcours académique “idéal” ne soit pas celui que j’ai pu suivre.

 

Ce n’est pas un manque de travail.
Ce n’est pas un manque d’éthique.
Ce n’est pas un manque de sérieux.

 

C’est une trajectoire neurodéveloppementale réelle, et un système qui n’a pas su la reconnaître à temps.

 

Et aujourd’hui, à presque 48 ans, on voudrait que je “retourne cirer les bancs de la FAC” comme preuve de légitimité, avec la promesse vague que “cette fois on fera les aménagements” — alors même que l’institution a été incapable de les mettre en place quand c’était crucial.

 

Je le dis sans détour : ça ne me fait pas rêver.

 

Pas parce que je refuse l’exigence.
Mais parce que je refuse le chantage.

 

Je refuse que la compétence clinique soit effacée par une logique de tampon, quand ce même système a produit — et continue de produire — de l’errance, du burn-out, et des vies entières passées à compenser.

 

Le diplôme est un cadre administratif.

La compétence, elle, se mesure autrement : dans la rigueur, l’actualisation, l’éthique réelle, et l’effet concret sur les personnes accompagnées.

🧭 Mon positionnement : rigueur, transparence, limites claires

 

Je travaille avec une exigence simple :

  • je ne me cache pas derrière un statut

  • je ne promets pas l’impossible

  • je ne pose pas de diagnostic médical

  • je documente un fonctionnement, un retentissement, une cohérence clinique

  • j’oriente vers les médecins et équipes spécialisées quand c’est nécessaire

  • je produis des écrits utiles pour protéger la personne (école, adaptations, parcours)

 

Ce n’est pas “moins sérieux” parce que ça ne rentre pas dans un schéma corporatiste.

C’est sérieux parce que c’est fait avec rigueur, prudence, et responsabilité.

🧨📚 Ce que je demande au champ psy : moins d’ego, plus de preuves

 

La santé mentale mérite mieux que des guerres de territoire.

 

Elle mérite :

  • de l’actualisation des connaissances

  • de l’humilité clinique

  • de la coopération

  • du respect des vécus

 

et une seule question centrale :

Est-ce que ce travail aide la personne, concrètement, sans la mettre en danger ?

 

Parce qu’au bout du compte, ce n’est pas le diplôme qui souffre.

Ce n’est pas l’institution.

C’est la personne.

Si vous vous reconnaissez dans une trajectoire d’errance, de burn-out, ou de neuroatypie non reconnue, vous pouvez me contacter pour une consultation ou une orientation adaptée.

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